Qui décide de ce qui compte comme une bonne idée
Le jugement esthétique était réparti dans l'atelier. Il se concentre. Retour sur une hiérarchie qui se reforme par le haut.

Quand le jugement circulait
Dans les ateliers de graphisme, le jugement sur ce qui est réussi circulait. Il passait par des gestes ordinaires : on montre un tirage à la personne d'à côté, on accroche au mur, on laisse traîner une épreuve. Cette circulation était une forme de formation, et elle donnait aux débutants un accès précoce à des critères qu'aucun cours ne transmet.
Une concentration silencieuse
Quand la production de propositions devient rapide et abondante, le goulot d'étranglement se déplace vers celui qui choisit. Dans les studios observés, le choix remonte, et il remonte vite. Nous avons compté, sur dix-neuf réunions, une moyenne de 1,4 personne prenant effectivement la décision finale, contre 3,1 dans les observations comparables menées en 2018.
On regarde ensemble, mais c'est elle qui tranche. Avant, on tranchait à trois parce qu'on avait tous mis les mains dedans.
Un problème de transmission
La conséquence la plus nette n'est pas hiérarchique, elle est pédagogique. Un critère qui ne s'exerce plus collectivement se transmet mal. Les juniors que nous avons interrogés savent dire ce qui a été retenu, rarement pourquoi. Ils décrivent le jugement de leurs aînés comme une compétence opaque, ce qui est exactement le contraire de ce que produisait l'atelier.
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