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Traversées
Analyse

Qui décide de ce qui compte comme une bonne idée

Le jugement esthétique était réparti dans l'atelier. Il se concentre. Retour sur une hiérarchie qui se reforme par le haut.

Rania BouabdallahUniversité Paris-Saclay3 juin 20261 min de lecture
Trois cadres alignés sur le mur d'un atelier.

Quand le jugement circulait

Dans les ateliers de graphisme, le jugement sur ce qui est réussi circulait. Il passait par des gestes ordinaires : on montre un tirage à la personne d'à côté, on accroche au mur, on laisse traîner une épreuve. Cette circulation était une forme de formation, et elle donnait aux débutants un accès précoce à des critères qu'aucun cours ne transmet.

Une concentration silencieuse

Quand la production de propositions devient rapide et abondante, le goulot d'étranglement se déplace vers celui qui choisit. Dans les studios observés, le choix remonte, et il remonte vite. Nous avons compté, sur dix-neuf réunions, une moyenne de 1,4 personne prenant effectivement la décision finale, contre 3,1 dans les observations comparables menées en 2018.

On regarde ensemble, mais c'est elle qui tranche. Avant, on tranchait à trois parce qu'on avait tous mis les mains dedans.

Graphiste, quatre ans d'ancienneté, Lyon

Un problème de transmission

La conséquence la plus nette n'est pas hiérarchique, elle est pédagogique. Un critère qui ne s'exerce plus collectivement se transmet mal. Les juniors que nous avons interrogés savent dire ce qui a été retenu, rarement pourquoi. Ils décrivent le jugement de leurs aînés comme une compétence opaque, ce qui est exactement le contraire de ce que produisait l'atelier.

Écrit par Rania Bouabdallah

Thèse soutenue en 2021 sur la recomposition des métiers du graphisme dans les agences indépendantes. Enquête depuis six ans dans les studios de design, principalement à Lyon, Nantes et Bruxelles. Enseigne la sociologie des professions en master.

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Le brief et la machine

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